J'ai souvent l'impression d'être débordée, dépassée, à bout de souffle... Faute de ne pouvoir être une mère parfaite, j'essaie depuis le début d'être, au moins, une mère suffisamment bonne comme dirait ce cher Winicott. J'ai toujours prôné le calme et le dialogue avec les enfants mais il m'arrive souvent de perdre patience, alors dans ces moments là, je sors de mes gonds, je crie, j'hurle...je pète un plomb quoi. Même si j'ai l'impression de passer mon temps à ranger, ma maison est un champ de bataille 90% du temps. Il m'arrive de préférer les plats tout prêts à des légumes frais. Je mets un point d'honneur à ce que mes enfants soient en bonne santé...mais il m'arrive de céder à l'appel de Mac DO. J'apprends à mes enfants à fermer le robinet et éteindre les lumières mais je ne les empêche jamais de prendre un bain....ce qui arrive tous les jours, puisque pour eux comme pour moi c'est un moment sacré. J'accepte que mes enfants se promènent pieds-nus dans le jardin, parfois même en pyjama toute une journée... J'ai toujours fait mes études dans le public et j'adhère aux valeurs de l'éducation nationale et pourtant mes enfants sont dans le privé. Je n'aime pas les enfants gâtés et pourtant je ne conçois pas de m'offrir quelque chose sans en faire de même pour eux....Alors je les gâte...

Je suis une mère comme les autres....

Mais il y a des mères, des femmes et même des pères que je trouve exceptionnels.

Je suis béate devant les puéricultrices qui bossent en crèche, à moitié voutées pour être à hauteur d'enfant et qui supportent les cris dans des immenses pièces remplis de bébés qui hurlent.... alors que moi j'ai déjà le poil qui se hérisse lorsque les deux gnomes se crêpent la couette au bout de 5 minutes dans la même pièce.

J'admire les nourrices qui supportent à longueur de journée des enfants qui ne leur appartiennent pas, parfois terribles comme le mien, et cela en donnant tout l'amour qu'elles ont...alors que moi je le pilerais parfois au bout d'une demi-journée de vacances.

J'ai un immense respect envers les enseignants qui gèrent 30 niards qui parlent comme des mecs bourrés et qui mettent systématiquement leurs godasses à l'envers au moment de la récré alors que moi j'ai déjà du mal à en habiller...2!

J'applaudis les mères au foyer qui consacrent leur vie à leur famille sans en avoir toujours la gratitude extérieure.... alors que moi j'ai du mal à rester à la maison plus de 5 jours sans avoir l'impression d'être coupée du monde.

Je suis émerveillée devant les mères de familles nombreuses qui arrivent à gérer des tribus en ayant l'air d'être hypra organisées...alors que moi je suis toujours à la rue avec  seulement deux pauvres nains de jardin à mon palmarès.

Je trouve honorables les mamans solos qui assument entièrement ce que beaucoup, comme moi, sont incapables de supporter à deux.

Je trouve exceptionnelles les mamans porteuses de handicaps quels qu'ils soient, alors que moi j'ai déjà du mal avec 2 bras , 2 jambes, 2 yeux pour surveiller mon diable de Tazmanie.

Je trouve remarquables ces mères qui se battent auprès de leurs enfants malades ...jusqu'au bout, sans jamais fléchir devant eux... alors que moi j'angoisse et je perds pied déjà quand un des deux a un peu mal à la gorge ou se plaint de maux de tête.

Je suis contemplative de ces familles homo-parentales qui doivent expliquer sans cesse que l'amour ne dépend pas du sexe de la personne qui le donne.

Je félicite les mères et les pères de familles recomposées qui doivent souvent allier deux modes éducatifs différents alors que moi j'ai déjà du mal avec le père de mes enfants.

Et puis il y a toutes celles dont on ne parle jamais, celles qui vont à l'usine en horaires décalés,celles qui ont du mal à boucler les fins de mois,  celles qui partent à l'étranger plusieurs mois pour défendre leur pays, celles qui consacrent leur vie à élever les enfants des autres, celles qui adoptent des p'tits bouts, celles qui les accueillent quelques mois le temps d'une guérison et qui les laissent repartir loin, la boule au ventre. Je plains ces femmes derrières les barreaux loin de leurs bébés. Celles qui les confient dès l'accouchement parce qu'elles savent qu'elles ne pourront leur apporter un avenir serein, celles qui ont perdu un enfant ou celles qui ne peuvent en avoir et qui donneraient leurs vies pour que celà change.

Il y a ces mères exceptionnelles, ces mères de sang ou d'adoption....Ces femmes et parfois même ces hommes qui font grandir des enfants...

Je suis une mère de deux enfants loin de tout ça mais je sais que toutes ces femmes font ce qu'elles peuvent pour être des mères suffisamment bonnes.

 

bravo