Avant on a des principes....j'en avais...beaucoup...des classiques, des inutiles, des ringards, et des complètement cons. Avant je n'avais pas d'enfants.

Du haut de mes 16 printemps, je regardais de travers ces parents qui osaient emmener leurs descendants dans des supermarchés. Ceux qui en avaient beaucoup (plus de 1), ceux qui en avaient dans le caddie qui bouffaient des pains au choc, ceux qui les laissaient se battre à coups de poireaux, ceux qui trainaient leur mioche qui se roulait parterre parce que "j'veux la voituuuuuuuuuuuuuuuuuuure"....

A 18 ans j'ai bossé à Auchan, au rayon puériculture et layette....A 18 ans j'avais envie de planter un ceintre dans le dos de tous les gosses parce qu'ils se cachaient dans les gondolles que je venais tout juste de ranger.

Ensuite je suis rentrée à la fac. 5 ans, j'ai passé 5 ans sur les bancs de l'université en psychooooooooooooooo. 5 ans à porter des chemises à fleurs et des pantalons trop larges. 5 ans à écouter des faux sosies de Freud (d'ailleurs un indice pour reconnaître les profs de psycho: ils ont une barbe, des cols roulés sous des vestes en velour avec coudières, des pantalons en velour aussi et....des mocassins à glands). J'ai donc passé toutes ces années à prendre des notes en ayant pour objectif: d'être psy et au pire une "mère suffisament bonne" comme disait Winnicott. J'étais au point sur toutes les théories de la psychologie infantile. J'avais un avis sur tout et surtout sur n'importe quoi.

Je mettais un point d'honneur à critiquer les couples qui m'entouraient de près ou de loin "moi j'ferais pas ça! C'est inadmissible. Elle se rend pas cooooooooooompte ou quoi?".

Avant j'étais contre la sucette, mais pour les petits pots maison.

J'étais pour le dialogue intelligent et calme avec l'enfant mais contre le cododo.

J'étais contre les vêtements de licence mais pour les jeux éducatifs.

J'étais pour laisser l'enfant découvrir la nourriture avec ses doigts et contre la dispute devant les enfants.

J'étais contre la télévision-nounou et pour la visite de musées à 10 mois.

J'étais contre l'école privée et pour les crêches .

Ouai j'étais comme ça....mais ça c'était avant.

5 ans de psycho et quelques années plus tard, force est de constater que je ne suis pas psy mais une mère complètement pourrie.

J'ai filé la sucette dès la mater et j'ai continué pour qu'il arrête de me prendre pour une bouteille Candia toutes les 2 heures.

J'ai donné des petits pots blédipasbons parce que j'en avais marre d'avoir l'assiette en pleine tronche à chaque fois que je leur présentais une "bonne petite purée que c'est maman qui l'a faite avec des légumes bio qu'elle a payés un bras".

j'ai fait cododo parce que c'était super chiant de se lever 10 fois par nuit jusqu'à 20 mois.

J'ai accepté les t-shirt Violettaaaaaaaaaaaaaaaa et les culottes Cars.

J'ai fini par négocier la télé pour dormir 10 minutes de plus le dimanche.

J'ai fini par les emmener au mac do...

Quand je vais dans un supermarché avec mes deux niards, j'ai l'impression de vivre un épisode de Super Nany: y'en a toujours un pour se coincer la tête dans le caddie (si si ils peuvent le faire: en mettant leur tête dans les emplacements pour les jambes des petits). Y'en a toujours un pour courir dans les allées et se cacher entre les pyjamas. Y'en a toujours un pour demander "la voituuuuuuuuuuuuuuuuuuuure". Y'en a toujours un pour bouffer les chewings-gum à la caisse.

J'ai fini par accepter le regard des autres qui se disent "mais c'est inadmissible mais elle se rend pas compte ou quoi?"

J'ai fini par arrêter de donner un avis et même un conseil.

Je ne suis pas une mère parfaite...je fais ce que je peux avec ce que j'ai....

Parce qu'avant on a des principes...après on a des enfants.